Les souvenirs de guerre d’un marin allemand – Chapitre deux

Le lance caporal mécanicien Wilhelm Küllertz
Les étapes de la vie ou le destin ne peut être planifié

Créé par Willi Küllertz en novembre 2018

Chapitre deux

Wilhelm Küllertz

Wilhelm Küllertz

Mon père ne m’a jamais parlé de l’attaque du 29 avril 1944, lorsque le NCSM Athabaskan a été coulé par une torpille lancée par le T-24.

Willi T-35

Torpilleur de type 39
Photo du T-35 similaire au T-24

Ce que je sais, c’est que mon père Wilhelm Küllertz était dans la salle des machines du T-24.

Je suis donc allé sur Internet afin de chercher plus d’informations. C’est alors que j’ai trouvé le blog Lest We Forget. Pierre y racontait l’histoire de l’oncle de son épouse. Son oncle avait raconté lors d’une réunion de famille en 2009 qu’il était à bord du NCSM Athabaskan et qu’il était dans la salle des machines au moment de l’attaque. La dernière chose dont il se souvienait, c’est qu’il écrivait une lettre à ses parents, puis qu’il avait été secouru par le NCSM Haida, le navire jumeau de l’Athabaskan.

On peut trouver beaucoup d’information sur le NCSM Athabaskan G07 sur Internet, mais il y a très peu d’information sur l’attaque du côté allemand. Voici un lien vers un site Internet en langue anglaise qui rend hommage aux marins du NCSM Athabaskan.

http://www.forposterityssake.ca/Navy/HMCS_ATHABASKAN_G07.htm

Pierre m’a dit que c’est le meilleur site qu’il n’ait jamais trouvé sur la Marine royale du Canada.

Le livre Unlucky Lady écrit en 1986 par Len Burrow et Émile Beaudoin contient également beaucoup d’informations sur cette attaque.

Pierre utilisera des extraits du livre pour raconter à mes lecteurs ce qui s’est passé le 29 avril 1944, il y a presque 75 ans, car je ne sais rien du naufrage du NCSM Athabaskan.

Extrait

RAPPORT DE LA 10e FLOTILLE DE DESTROYER 12h00

Le vendredi 28 avril fut loin d’être satisfaisant. L’affrontement entre la Force 26 et l’ennemi trois nuits auparavant, bien que très réussi, avait causé quelques problèmes temporaires. Les destroyers Ashanty et Huron avaient été endommagés au cours de la bataille et furent retirés des opérations par la suite pendant plusieurs jours pour subir des réparations importantes. Le Tartar qui recevait une mise à niveau mineure n’était toujours pas disponible. L’absence de ces navires laissait ainsi la 10e Flotille de destroyers avec moins de la moitié de sa puissance offensive ; le gros de la responsabilité incomba alors au Haida et à l’Athabaskan.

À 15 h, les deux destroyers de la classe Tribal reçurent l’ordre d’être prêt à partir à deux heures d’avis, ce qui provoqua une forte réaction de la part de l’équipage qui s’attendait à un certain répit bien justifié suite à ces dernières semaines de pression constante, de manque de sommeil et de peu de loisirs.

Quand l’Athabaskan et l’Haida prirent le large cette nuit-là, ils partirent comme deux soeurs animées d’un esprit de corps que deux navires de guerre avaient rarement connu auparavant.

Alors qu’ils se séparaient lentement, le chat de compagnie de l’Athabaskan fit en vain un dernier effort pour sauter à bord du Haida. Pour une raison étrange, dit le quartier-maître de l’Haida, le cuistot George H. Goodwill, il voulait venir sur notre navire, et chaque fois, nous l’avions doucement repoussé. Comme la distance entre nos vaisseaux augmentait, le chat s’apprêtait à réessayer, mais il hésita. Alors que je saluais MacAvoy et Manson sur l’Athabaskan, ils attrapèrent le chat pour l’empêcher de tomber à l’eau. Quelqu’un derrière moi me dit : “Ce n’est pas bon signe.”

Les deux destroyers quittèrent leur poste d’amarrage et se mirent en file indienne avec le Haida en tête. Au-dessus de leur tête, les équipages surveillaient constamment les ballons de barrage retenus par des câbles. En quelques minutes, les deux destroyers avaient franchi l’entrée du port et se dirigeaient vers la Manche. C’était leur champ de bataille, et c’est là qu’ils allaient chasser les destroyers ennemis, les poursuivre, engager le combat et finalement les détruire dans un effort audacieux pour nettoyer les eaux dangereuses avant le Jour J.

Cette fois encore, l’engagement de ce soir était une autre opération Hostile qui devait être menée par la 10e flottille de bateaux poseurs de mines avec l’appui des deux Tribal canadiens. Un champ de mines devait être disséminé à une dizaine de milles au nord-est de l’île de Batz, et les Tribal devaient effectuer une patrouille est-ouest à environ vingt-trois milles au nord-est de l’île de Batz, afin d’empêcher toute intervention de l’ennemi pendant le déroulement de l’opération.

***

À 3 h 32, la route des Tribals fut changée à 2050 et ajustée à 0343 à 180°.

Les deux forces opposées étaient maintenant sur des routes convergentes et le contact semblait imminent. Le radar de l’Athabaskan détecta un écho à 1330 à quatorze milles, ce qui fut confirmé par le Haida à 4 h. La route fut ajustée pour maintenir les navires ennemis à 45° sur l’étrave bâbord et, à 4 h 12, Haida ouvrit le feu avec un obus éclairant à une distance de 7 300 verges. Deux minutes plus tard, T-24 et T-27 furent aperçus se déplaçant vers l’ouest à 115°.

… En quelques secondes, tout le ciel fut illuminé comme en plein jour.

Les deux destroyers allemands furent ainsi brillamment éclairés. La portée était de 7000 mètres. L’Athabaskan et le Haida ouvrirent le feu avec tous leurs canons alors que l’ennemi s’éloignait désespérément vers l’est. Les torpilleurs allemads tirèrent avec leur armement principal et lançèrent des torpilles, tout en cherchant à se mettre à l’abri en posant un écran de fumée. Six torpilles furent lancées par le T-27, mais elles se dirigèrent toutes dans la mauvaise direction, mettant en grand danger son navire jumeau. Le T-24 réussit aussi à lancer ses torpilles, mais trois d’entre elles se dirigèrent dans la mauvaise direction !

À 4 h 17, les Tribals canadiens, se dirigeant vers l’avant à environ quatre encablures l’un de l’autre, changèrent de cap à 300 sur bâbord pour éviter les torpilles et maintinrent leur volume de feu tout en se dirigeant vers leur nouvelle position. L’Athabaskan semblait être la cible du feu de l’ennemi ; des obus étoilés éclataient au-dessus du destroyer et des salves d’obus traversaient son gréement, l’éclaboussant. Le capitaine de corvette Dunn Lantier, à titre d’officier radar, fut informé par son opérateur radar que deux objets se déplaçaient à grande vitesse sur tribord. Les blips du radar indiquaient la présence de E-boats. (T-24 et T-27 prenaient des mesures d’évitement du côté bâbord.) Trente secondes plus tard, alors que l’Athabaskan avait presque terminé son virage vers la nouvelle route, le destroyer fut touché vers l’arrière du côté tribord.

L’explosion fut très probablement causée par une torpille tirée par l’un des E-boats du côté tribord de l’Athabaskan. La puissante explosion détruisit les canons “X” et “Y”, décima leurs équipages et déclencha un violent incendie. L’équipement de propulsion de l’Athabaskan fut également endommagé, de sorte qu’il perdit de la vitesse alors qu’il se dirigeait vers bâbord, puis finit par s’arrêter.

Pendant ce temps, le Haida poursuivait l’ennemi tout en déversant des tirs rapides sur les fuyards. De son pont, le commandant De Wolf suivait la scène et la situation changeait rapidement. Le premier mot qu’il reçut du capitaine de corvette Stubbs après que l’Athabaskan eut été touché se lisait comme suit : ” Nous semblons être gravement endommagés à l’arrière “. Les navires ennemis tirèrent des coups de feu alors qu’ils apercevaient l’Athabaskan en flammes et tentaient de l’achever.

Bientôt, le Haida projeta des nuages blancs de fumée chimique, fournissant ainsi un écran temporaire à l’Athabaskan contre le feu concentré de l’ennemi. Le Haida se dirigea entre le navire sinistré pour déposer sa couverture de protection, tout en continuant vigoureusement son attaque sur les navires ennemis. Le Haida commença son premier tir à 4 h 18 et, à 4 h 22, les deux navires ennemis se séparèrent ; le T-24, gravement touché, se dirigea alors vers l’est, tandis que le T-27 fila vers le sud avec le Haida à sa poursuite.

Pendant que l’Athabaskan dérivait impuissant sur la houle de la Manche, ses hommes luttèrent vaillamment pour sauver le destroyer. Le feu faisait rage à l’arrière, alimenté par l’explosion des munitions et commença à se propager. La fumée et les flammes s’élevèrent haut dans le ciel, révélant ainsi sa position à l’ennemi. L’écran de fumée du Haida cachait partiellement le destroyer, mais pas complètement. L’Athabaskan devenait donc une cible pour les batteries côtières et les T-24 et T-27 qui étaient alors en fuite.

T-27

T-27

Il n’y a pas eu de panique à bord du destroyer. Les équipes de contrôle des avaries étaient à leurs postes pour évaluer les dommages, et un flot constant de rapports et d’ordres arrivaient et repartaient du pont.

Sur la passerelle, le capitaine de corvette Stubbs gérait la situation calmement, mais il devait être inquiet. L’Athabaskan s’enfonçait plus profondément dans l’eau et la fin semblait imminente. Finalement, à contrecœur, il donna l’ordre d’abandonner le navire.

Environ dix minutes plus tard, l’Athabaskan fut déchiré par une torpille. Une fraction de seconde plus tard, Les munitions à l’arrière, les réservoirs de carburant et l’alimentation en vapeur haute pression se combinèrent pour créer un chalumeau géant, propulsant des flammes vers le ciel avec un rugissement terrible.

Les observateurs sur Haïda, toujours à la poursuite de l’ennemi, virent la vive lumière et entendirent l’explosion à huit kilomètres de là. D’une seule voix, ils dirent avec effroi : “Mon Dieu, c’est l’Athabaskan !

De la première chaudière vers l’arrière, l’Athabaskan était un brasier ardent. De l’huile brûlante se répandit sur les ponts pendant que les marins confus et étourdis tentaient de se protéger. C’est alors que le capitaine de corvette Stubbs ordonna d’abandonner le navire.

Pendant ce temps, le feu sur l’Athabaskan continuait de faire rage, et le destroyer commença à prendre un dévers dangereux alors que sa poupe s’enfonçait plus profondément dans l’eau. Le poids de l’eau qui se déversait dans les compartiments de l’Athabaskan l’avait maintenant traînée jusqu’au point où ce dernier était presque perpendiculaire. Les derniers hommes qui sont partis glissèrent le long de son flanc dans l’eau glacée.

Pendant que l’Athabaskan endurait son agonie, les marins du Haïia ne perdirent pas de temps à poursuivre les navires ennemis, qui s’étaient enfuis dans des directions différentes. Harcelé par les tirs des Tribal canadiennes, le T-24 accéléra vers l’est tandis que le T-27 se diriga vers le sud. Le Haida avait enregistré son premier tir sur l’ennemi à 4 h 18, et elle continua à concentrer son tir rapide sur le T-27, en marquant des coups fréquents.

Devant l’évolution rapide de la situation, le commandant De Wolf décide de se concentrer sur le T-27 et ordonna que tous les tirs soient dirigés sur le navire en fuite. Salve après salve, le destroyer fut récompensée par une succession de coups et il devint vite évident, à la suite d’un tir de retour erratique, que le T-27 était en graves difficultés.

Soudain, dans le feu de l’action, Haida fut illuminé par une étrange lumière vive, suivie d’un grondement à l’arrière. Ses hommes occupés au-dessus du pont s’arrêtèrent momentanément pour regarder l’apparition vers l’arrière. Elle était beaucoup plus brillante que la lueur de l’obus éclairant standard et projetait un reflet inquiétant sur une colonne montante de fumée blanche.

“Mon Dieu !” crièrent les marins du Haida comprenant soudainement que l’Athabaskan coulait.

C’était un moment effrayant pour tout le monde dans la poursuite effrénée de l’ennemi à l’abri. La distance entre les deux navires se rapprochait rapidement et le T-27 commençait à montrer les effets du feu dévastateur du Haida. Des flammes commençaient à apparaître dans sa coque et sa superstructure alors que l’ennemi en fuite s’approchait dangereusement des côtes françaises. Soudain, sans prévenir, le T-27 se tourna vers le Haida dans une tentative audacieuse de s’échapper du piège. Mais le T-27 ralentit et s’arrêta complètement, s’inclinant sur bâbord à un angle de plus en plus prononcé. Les récifs sinistres du Finistère avaient pris au piège le navire, les tirs précis du Haida aidant à apporter une rétribution rapide pour la perte de l’Athabaskan. Se rendant compte que d’autres mesures étaient inutiles et que le T-24 était trop loin pour être dépassé, le commandant De Wolf ordonna que tous les tirs cessent, et le Haida se rendit immédiatement à l’endroit où Athabaskan s’était arrêté. Son signal suivant au QG de Plymouth était douloureusement laconique : Athabaskan a explosé. Il était 4 h 28.

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