Le voyage dans le passé d’Alfred Kühn – Chapitre 3

T24 torpedoboat

Le torpilleur T24 (collection Alfred Kühn)

Le torpilleur T24

Après avoir été bombardé par les chasseurs-bombardiers alliés le 24 août 1944 vers 19 heures, mon père Kühn Alfred fut récupéré par l’un de leurs bateaux de sauvetage stationnés dans l’embouchure de la Gironde. Il y eut 172 rescapés sur un total de 211 marins. Parmi eux, 38 furent des blessés graves, 33 furent des blessés moyens, 5 furent des blessés légers et 96 furent des personnes valides). 39 marins furent tués.

Les rescapés du T24 furent ramenés à terre. La première nuit, l’équipage la passa dans un hangar du quai. Le lendemain ils furent transférés à la forteresse de la Pointe de Grave pour renforcer les différentes positions.

Quant au Z24 qui avait été bombardé le même jour que le T24, il coula aussi le 24 août, mais un peu avant minuit. Les rescapés furent ramenés à terre où ils passèrent la nuit. Ils furent ensuite également transférés à la forteresse de la Pointe de Grave.

Après avoir suivi une formation, les équipages du T24 et Z24 furent appelés (SeeBataillon NARVIK) bataillon naval NARVIK.

Le 20 avril 1945, toute la garnison allemande se rendit et fut fait prisonnière dans leur propre forteresse.

Dépôt 184 à Soulac

C’est de ce camp que mon père s’enfuit avec deux copains en direction de l’Espagne. Selon des informations qui circulaient dans le camp, il y avait une possibilité de rejoindre l’Allemagne par l’Espagne.

Pas de chance

Ils furent repris à la frontière espagnole et ramenés dans le dépôt 94 à Angoulême. De ce camp, les prisonniers partaient pour travailler à différents endroits. Comme il était un fugitif, il fut transféré à Chasseneuil en Charente. Il faisait partie des soixante prisonniers de guerre allemands organisés en un commando à Chasseneuil, « à la pelle et à la pioche, malaxant le béton ou levant au palan les énormes blocs de plus de 2 tonnes. Ils commencèrent les travaux, élevèrent ces pierres jusqu’à 21 mètres de hauteur ».

Travail gigantesque ! Édifié en souvenir des héros de la résistance.

C’était des travaux très pénibles : les prisonniers les plus faibles ne tenaient pas la cadence, leur état de santé ne leur permettant même pas de fumer une cigarette : la cigarette entraînait souvent leur mort. Il ne leur fallait donc pas fumer. Mon père me raconta qu’il s’en est sorti grâce à des enfants qui lui ont donné des raisins. Il y avait des vignes derrière un grillage qui les séparait du monde extérieur. Il avait reçu dans le bras des éclats de mortier lors d’un bombardement précédent. Il avait été soigné sur son bateau, et son bras fut consolidé.

Mais par ce travail de forçat, des éclats ressortirent. Ne pouvant plus travailler, les responsables du camp l’envoyèrent dans le camp à Angoulême pour le soigner.

Après sa guérison, il reprit le travail, cette fois-ci, dans les fermes de la région. Mon père et plusieurs prisonniers, furent transportés dans les villages, en principe sur la place principale du village. Et c’est là que les cultivateurs des alentours venaient prendre leur main d’œuvre. Mon père était dans une ferme à Baigne où il travaillait sous la surveillance du cultivateur armé d’un fusil.

Par la suite, dans une ferme à Jarnac : (à Sigogne chez la famille Peynaud), il fut très bien traité, car Mr Peynaud fils avait été prisonnier en Allemagne. Il venait d’être libéré et savait que c’était très dur d’être prisonnier dans un autre pays et de ne connaître ni la langue, ni les coutumes. Il avait vécu cette situation et nous l’avait racontée à son fils Michel et à moi. Nous avons toujours eu des contacts avec Michel par nos parents lorsque nous étions jeunes, et nous les avons gardés.

Mr Peynaud sauva la vie de mon père et surtout la mienne comme il nous l’avait dit, puisqu’un jour Mr Peynaud qui cherchait mon Père, ne le trouva pas à la ferme. Comme Mr Peynaud connaissait les coutumes des jeunes du village, il alla chercher son prisonnier dans le café, puisqu’à l’époque, la coutume des jeunes voyous était de faire boire les Allemands, de les enivrer, et de se battre avec eux. Les Allemands qui n’avaient pas l’habitude du pineau charentais, se battaient parfois jusqu’à la mort. Plus d’un aurait été tué dans ces conditions. De toute façon : « Ce n’était qu’un prisonnier ! »

En voyant mon père bien éméché et sachant ce qui pouvait lui arriver, Mr Peynaud lui dit : « Rentre à la maison ! Il y a du boulot ! »

Les cultivateurs n’avaient pas le droit de garder les prisonniers trop longtemps : il fallait les ramener au bout d’un certain temps au camp, et il ne fallait pas se lier d’amitié avec eux.

Voici maintenant quatre exemples de courrier, des correspondances de prisonnier de guerre, qui était pré-imprimé en français et en allemand. Elles étaient distribuées par la Croix-Rouge en Allemagne pour les familles allemandes qui avaient un prisonnier en France. Cette correspondance de prisonnier de guerre existait également pour les prisonniers de guerre français détenu en Allemagne.

correspondance de prisonier de guerre du 20 07 1946

Correspondance des prisoniers de guerre 2 du 20 07 1946

Correspondance du 20 juillet 1946 : Une connaissance de mon père.

Correspondance des prisoniers de guerre B1 du 28 09 1946

Correspondance des prisoniers de guerre B2 du 28 09 1946

Correspondance du 28 septembre 1946

correspondance de prisonier de guerre du 25 12 1946

Correspondance du 25 décembre 1946

Correspondance des prisoniers de guerre C1 du 11 04 1946

Correspondance des prisoniers de guerre C2 du 11 04 1946

Correspondance du 11 avril 1947

Le 3 février 1947, le prisonnier Kühn Alfred avec le matricule n°833.895 au dépôt n°94 d’Angoulème de la 4° région avec d’autres prisonniers sont amenés sur la place principale de Berneuil, un petit village de Charente où les cultivateurs des alentours étaient venus chercher le ou les prisonniers de leur choix. Mr Brangier, mon grand-père, a choisi le prisonnier Alfred, pour travailler à sa ferme de Barabeau commune de Berneuil.

Monsieur Alfred Kuhn y travailla comme prisonnier jusqu’au 26 septembre 1947 et ensuite comme travailleur libre jusqu’au 1 octobre 1948.

À suivre…

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